Métal Symphonique

Written by Iras Algor.

En ces temps troublés d'élections et d'anti-mondialisme, on ne cesse de nous rabâcher les oreilles avec le principe du « consommer français ». J'entends d'ici les mauvaises langues s'exclamer : mais quel rapport avec cette chronique ? Ladies and gentlemen, étonnez-vous, car on peut faire de la bonne musique chez nous aussi. Le metal symphonique n'est pas exclusivement réservé à la Scandinavie et à l'Italie, c'est pourquoi nous nous intéresserons aujourd'hui à un groupe français : Fenrir. Né en 2006 (place aux jeunes, quadragénaires de Rhapsody et Nightwish!), ce groupe a pour particularité une forte tendance folk sans pour autant tomber dans le black ou le death, notamment concernant le chant. Deuxième point intéressant : l'influence folk exploitée ici est celle relative aux légendes et à l'histoire, et non à la beuverie en forêt. Alors rangez vos cornes, enfilez vos kilts et aventurons-nous à la découverte du premier véritable album studio du groupe : « Echoes Of The Wolf ».

 

Entamons donc les hostilités avec Awakening, une introduction qui n'est pas sans rappeler Apocalyptica, puisque les violons y tiennent une place de premier ordre. Très douce au départ, elle croît en intensité à l'aide d'une batterie très tonique et de choeurs quasiment ecclésiastiques, un étrange paradoxe quand on connaît les thèmes généralement abordés par le folk. Puis, dans la continuité, vient Morrigane's Fury, et surgit alors un heavy metal explosif qui nous entraîne au cœur du mythe de la déesse celte des batailles. Le violon y est moins suave, plus énergique, et le chant, ô surprise, lyrique. Il faut dire que c'est une chose à laquelle on n'est pas habitué lorsqu'on écoute les groupes « piliers de taverne » tels que Korpiklaani. Ceci dit, l'alchimie est intéressante, et accompagne à merveille les choeurs pour un rendu assez épique.

 

Dès le début, le ton est donné : influence celtique. D’où des chansons telles que The Tale Of Taliesin et Tristan & Iseult. La première a des airs de douce et entraînante ballade contant l’histoire du barde du même nom. Les instruments metal y sont plus discrets, la préférence est donnée au violon et à la guitare acoustique. Le duo Elsa Thouvenot/Sylvere Jandel s’intègre parfaitement à l’ambiance créée par le morceau, le guitariste semblant être une réincarnation de Taliesin lui-même. Pour la deuxième, c’est une toute autre affaire. S’il y a bien une chose à laquelle on ne s’attendait pas, c’était bien une interprétation du mythe des amoureux par-delà la mort (car oui,Tristan & Iseult est bien un mythe celte avant d’être un roman) en mode speed metal. Ceci dit, il est vrai que leur histoire est pour le moins torturée, le résultat n’en est donc pas choquant, bien au contraire. Le violon nous rappelle constamment les origines de la légende, accompagnant à merveille le chant toujours aussi lyrique, les guitares et la basse saturées au possible sans pour autant tomber dans l’excès, ainsi que la batterie très énergique. L’alternance folk/speed se démarque dans les soli respectifs de guitare et de violon.

 

Avec ces thèmes celtiques à souhait, il eut été étonnant de ne pas parler de l’Ecosse, terre ô combien influente en la matière. Qu’à cela ne tienne, Macbeth et The Battle Of Stirling sont là pour ça. C’est là que le groupe entre dans une phase que l’on pourrait qualifier d’historique, puisque les faits et personnages abordés dans ces deux morceaux sont biens réels et ont vraiment existé. De fait, outre la pièce éponyme de Shakespeare, Macbeth Ier d’Ecosse (Mac Bethad mac Findlaích, de son vrai nom) était avant tout roi. La chanson nous transporte dans l’univers tourmenté d’un personnage luttant pour accomplir son destin. Le chant, les chœurs et le violon donnent dans l’héroïsme pour assister un heavy metal relativement épique, sans aller jusqu’au power. Quant au power metal, justement, nous voilà servis avec The Battle Of Stirling. Il faut dire que William « Braveheart » Wallace en avait, du pouvoir, et c’est ici le récit de sa plus éclatante victoire contre les Anglais. On ne s’étonnera donc pas de trouver des guitares et une basse rapides et vitaminées, et une batterie au rythme très soutenu mais pas bourdonnante comme chez certains groupes versant exclusivement dans le power, typeDragonforce. Le violon y est moins omnipotent, l’influence folk est donc moins présente. Elsa Thouvenot, elle, reste fidèle à elle-même, et on ne l’en blâme pas.

 

Mais revenons donc à nos légendes, et tournons-nous cette fois vers le Nord. Quitte à prendre un nom de groupe issu de la mythologie nordique, autant faire les choses comme il faut. Toujours pas de black metal, ceci dit. The Rainbow Bridge exploite le mythe du pont arc-en-ciel (étonnant, vu le titre) censé conduire les guerriers valeureux au Valhalla, thème largement abordé par les groupes de folk et de viking metal. Cependant, force est de constater que cette interprétation est plus poétique que celle d’Ensiferum avec Twilight TavernFenrir, titre éponyme, est dans le même cas, puisqu’il conte la légende du gigantesque loup bâtard du dieu Loki qui dévorera Odin, le roi des dieux, au jour de Ragnarök (la Fin du Monde, selon les Vikings). On retrouve plus ou moins les mêmes éléments dans ces deux morceaux : guitares très mélodiques, violons se superposant à ces dernières, chant poignant, batterie et basse toniques… Bref, de quoi largement contenter les amateurs de folk.

 

Comme avec tout groupe à tendance folk qui se respecte, certains morceaux donnent envie de danser la gigue. C’est le cas dePrancing Poney, un instrumental éclatant, avec lequel Fenrir déploie tout son talent. Le duo de violons Elsa Thouvenot/Sophie Luporsi complète à merveille celui de guitares, jouées par Sylvere Jandel et Florian Lagoutte. Kevin Keiser, lui, reste toujours aussi énergique, tandis que Jordan Lavaut se fait remarquer au cours d’un solo de basse rondement mené. C’est aussi là qu’intervient l’éclatant Mama Troll. La chanson pourrait passer pour une rencontre entre les Sex PistolsYellowcard et AFI(légèrement punk donc) à la sauce heavy metal, violon rythmé et chant aux accents plus rock à l’appui. Le résultat est tout ce qu’il y a de plus entraînant, et plus gai que le reste de l’album. Tout le contraire de Holfgar’s Kingdom, plus doux et à l’ambiance plus mélancolique.

 

Certaines chansons versent davantage dans le speed metal, tirant parfois vers le power, comme par exemple Lost In The Twilight et Thunder-Cliff. La première débute en douceur, avant qu’une accélération assez surprenante ne laisse la place à une partie metal explosive et épique à souhait, soutenue par un violon très complémentaire des guitares et une voix vibrante d’émotion, pour déboucher sur un finale tout aussi suave que l’introduction. De quoi constituer le titre-phare de l’album, et quitter les tavernes pour se lancer à corps perdu sur la route de l’aventure. La seconde exploite la même esthétique, avec un heavy metal vibrant et quasiment speed tout du long, et un violon cependant plus folk que sur la première, mais se calquant toujours sur les guitares.

 

Un deuxième instrumental pour conclure, et qui conte une légende grecque cette fois puisqu’il s’agit de Gaya, la terre-mère selon la mythologie des Cyclades (et du reste de la Grèce, d’ailleurs). Un morceau tout en douceur, uniquement au piano et en duo de violons. Accordons également une mention spéciale à Pavane, unique titre en français de l’album, qui fait office de pause au milieu de l’album et qui reprend une ballade médiévale. Le quatuor de voix nous transporte au temps des chansons de geste et des preux chevaliers, accompagné par un hautbois et une guitare acoustique qui ne manque pas de poésie.

 

Metal   Symphonique

 

Un heavy metal aux accents parfois speed d’une efficacité redoutable, malgré quelques passages moins mélodiques que d’autres.

     

Un violon rythmé et des duos entraînants, bien que peu nombreux. Une forte influence folk cependant, qui a tendance à ne pas être totalement « symphonique ». C’est toutefois le seul bémol.

 

 
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Voix / Choeurs   Harmonie d'ensemble
 

Un chant d’une rare intensité et d’un genre peu commun pour du folk. Des chœurs vibrants renforçant l’esthétique épique de certains morceaux, et qu’on eut aimé entendre plus souvent.

     

Un album fluide et plein de fraicheur, ni trop long, ni trop court, et aux thèmes divers et variés. Une véritable bonne surprise, et un coup de génie. Une fois plongé dedans, on éprouve de grandes difficultés à en sortir.

 

 
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 Pour un premier album, Fenrir démarre sur les chapeaux de roues avec un vrai pavé, puisqu’il ne comporte pas moins de 15 titres tous plus éclatants les uns que les autres. Le groupe nous fait porter un œil neuf sur un genre qui avait tendance à stagner, et donne un souffle nouveau à la scène française. Un groupe qui, on l’espère, perdurera et continuera sur sa lancée. Bis !

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